Holà,
Tu es en chimio, ou tu viens de terminer ton traitement, et ton assiette est devenue un vrai casse-tête. Entre les nausées qui débarquent sans prévenir, la diarrhée qui te cloue aux toilettes, ou cette fatigue qui te donne l’impression d’être une loque dès 15h, manger devient un défi quotidien.
Et bien sûr, tu as droit au concert de conseils non sollicités : « Mange du curcuma ! », « Fais du jeûne intermittent, c’est prouvé ! », « Évite absolument le gluten et les produits laitiers ! »… Merci mais non merci.
La réalité ? L’alimentation pendant et après la chimio, c’est pas une question de régime miracle. C’est une question d’adapter ce que tu manges à tes symptômes, sans te rajouter une couche de privation inutile. Parce que spoiler : ton corps a déjà assez de batailles à mener.
Aujourd’hui, on fait le point sur ce qui peut t’aider concrètement sans te pourrir la vie.
Alimentation et chimio : ce qui fonctionne vraiment
Avant de plonger dans le concret, un petit tour des données scientifiques. Parce que oui, il existe des preuves solides sur l’impact de l’alimentation pendant la chimio. Mais non, ça ne ressemble pas aux injonctions Instagram.
Les preuves sont là (mais nuancées)
Plusieurs méta-analyses et essais randomisés montrent que les interventions nutritionnelles personnalisées améliorent la tolérance à la chimio, réduisent certains effets secondaires (nausées, diarrhée, fatigue) et parfois la qualité de vie.
Le hic ? Les études sont variées (types de cancers différents, protocoles nutritionnels différents, petites cohortes), et il n’existe pas de schéma alimentaire unique recommandé dans les guidelines.
Autrement dit : la personnalisation, c’est la clé. Pas un régime tout fait copié-collé d’un blog wellness.
Ce qui fonctionne vraiment
Une grande revue systématique portant sur 44 études (majoritairement des essais contrôlés randomisés) conclut que les conseils nutritionnels individualisés pendant la chimio sont faisables, sûrs, et efficaces pour améliorer l’état nutritionnel, la fatigue, la tolérance au traitement.
Un autre travail de synthèse souligne que la prise en charge nutritionnelle structurée (dépistage de la dénutrition, conseils adaptés, compléments si besoin) est recommandée en routine chez les patients sous chimio.
Le message est clair : l’accompagnement par un.e diététicien.ne spécialisé.e, c’est pas du luxe. C’est une partie intégrante du soin.
Les régimes « tendance » en oncologie : ce qu’il faut savoir
Tu as probablement entendu parler du régime cétogène, du jeûne intermittent, ou du régime anti-inflammatoire. Faisons le tri.
Le régime méditerranéen : le seul sur lequel on peut s’appuyer
Parmi tous les régimes étudiés (jeûne, cétogène, végétal hyperprotéiné, anti-inflammatoire…), aucun ne ressort clairement comme « meilleur » pour réduire les toxicités de la chimio.
Sauf un : le régime méditerranéen.
Pourquoi lui ? Parce qu’il est :
- Bien documenté en oncologie
- Non restrictif (pas d’éviction alimentaire drastique)
- Anti-inflammatoire sans être extrême
- Facile à adapter selon tes symptômes
Une étude observationnelle bien menée montre qu’un régime de type méditerranéen modifié (riche en légumes mais avec des fibres contrôlées) réduit les diarrhées sévères chez les patients avec une bonne adhésion.
Concrètement, ça ressemble à quoi ?
- Fruits et légumes variés (2 portions de fruits + 3 portions de légumes par jour)
- Huile d’olive comme matière grasse principale
- Poissons gras 2 fois par semaine
- Légumineuses régulièrement
- Céréales complètes (si tolérées)
- Viande rouge limitée
- Produits ultra-transformés occasionnels
Pas de miracle, juste une base solide.
Jeûne intermittent et régime cétogène : freine ton élan
Les données sur le jeûne ou les régimes mimant le jeûne sont encore surtout des études pilotes. Chez des femmes avec cancer du sein, le fasting-mimicking diet (FMD) est faisable, bien toléré, améliore certains marqueurs métaboliques… mais les effets directs sur les toxicités et la survie restent incertains.
Le régime cétogène montre des bénéfices précoces (moins de diarrhée, meilleure activité physique)… qui ne semblent pas durables.
Et surtout : ces approches restrictives doivent être encadrées médicalement pour éviter la dénutrition, surtout chez les patients fragiles.
En clair : jamais sans supervision d’un.e professionnel.le de santé. Point.
Adapter ton alimentation selon tes effets secondaires (le concret)
Maintenant, on entre dans le vif du sujet : que manger quand ton corps réagit à la chimio ?
Nausées et vomissements
Ce que disent les études : L’éducation nutritionnelle spécifique pour les nausées/vomissements induits par la chimio (CINV) + un plan alimentaire personnalisé par un.e diététicien.ne ont un effet très important sur la réduction de la sévérité des symptômes.
En pratique :
- Fractionne tes repas : 5-6 petits repas plutôt que 3 gros
- Évite les odeurs fortes : privilégie les plats tièdes ou froids
- Mise sur les glucides simples : pain blanc, riz blanc, pâtes (oui, même si c’est pas « clean » selon les standards Instagram actuels)
- Évite les matières grasses en excès : elles ralentissent la digestion et aggravent les nausées
- Hydrate-toi souvent : petites gorgées tout au long de la journée (eau, tisanes, bouillons)
En consultation, on travaille sur : identifier tes déclencheurs de nausées (odeurs, textures, moments de la journée), ajuster les textures et les températures, planifier tes repas autour de tes traitements.
Diarrhée
Ce que disent les études : Une méta-analyse portant sur 139 études montre que la supplémentation nutritionnelle et les conseils diététiques réduisent significativement la diarrhée. Le régime méditerranéen modifié avec fibres contrôlées est aussi efficace.
En pratique :
- Limite les fibres insolubles : moins de crudités, de céréales complètes, de légumineuses avec peau
- Privilégie les fibres solubles : banane bien mûre, compote, riz blanc, carottes cuites
- Évite les matières grasses cuites : elles accélèrent le transit
- Réhydrate-toi : eau, bouillon, boissons de réhydratation
- Pas de lait si lactose mal toléré : teste le lait sans lactose ou les yaourts (souvent mieux tolérés)
Attention : Si la diarrhée persiste ou s’aggrave, contacte ton équipe de soin. La déshydratation, c’est pas un détail.
Constipation
Ce que disent les études : Les conseils diététiques réduisent significativement la constipation.
En pratique :
- Augmente progressivement les fibres : fruits, légumes, céréales complètes (si tolérés)
- Hydrate-toi suffisamment : au moins 1,5 L d’eau par jour
- Bouge si possible : même une petite marche aide
- Pruneaux, figues, kiwi : tes alliés
En consultation, on travaille sur : adapter la progression des fibres selon ta tolérance, identifier si certains médicaments contribuent au problème.
Mucite (inflammation de la bouche)
Ce que disent les études : Une méta-analyse montre que la nutrition interventionnelle réduit les mucites pendant la chimioradiothérapie.
En pratique :
- Évite les aliments acides : agrumes, tomates, vinaigre
- Évite les aliments épicés ou salés
- Privilégie les textures molles : purées, compotes, yaourts, smoothies
- Température tiède ou froide : évite le trop chaud
- Hydrate-toi régulièrement : petites gorgées fréquentes
Fatigue et perte d’appétit
Ce que disent les études : Les interventions nutritionnelles améliorent la fatigue et l’appétit.
En pratique :
- Enrichis tes plats : ajoute de la poudre de lait, du fromage râpé, de l’huile d’olive, des œufs
- Privilégie les aliments denses en énergie : avocat, purée d’oléagineux, poissons gras
- Mange quand tu as faim : pas forcément aux heures « normales »
- Fractionne : 6 petits repas plutôt que 3 gros
En consultation, on travaille sur : évaluer ton statut nutritionnel, prévenir la dénutrition, ajuster tes apports sans te forcer à manger quand tu ne peux pas.
Les compléments alimentaires : attention, zone sensible
Tu as peut-être entendu parler de probiotiques, d’oméga-3, de glutamine, de vitamines antioxydantes… Et c’est vrai que certaines études montrent des bénéfices.
Mais.
Les compléments peuvent interagir avec tes traitements de chimio. Exemple classique : le pamplemousse, qui modifie l’action de nombreux médicaments. Mais c’est loin d’être le seul.
Certains antioxydants à haute dose peuvent réduire l’efficacité de la chimio (qui repose justement sur un stress oxydatif pour détruire les cellules cancéreuses). D’autres compléments peuvent augmenter ou diminuer la concentration des médicaments dans ton sang.
La règle d’or : jamais de complément sans l’aval de ton oncologue, de ton équipe de soin au centre, ou de ton.ta pharmacien.ne.
Oui, même si « c’est naturel ». Oui, même si « tout le monde en prend ». Oui, même si « c’est vendu en pharmacie ».
En consultation, si on estime qu’un complément pourrait t’aider, je t’oriente systématiquement vers ton équipe médicale pour validation.
L’importance d’un suivi avec un.e diététicien.ne spécialisé.e
Les données scientifiques sont formelles : ce qui fait vraiment la différence, c’est l’accompagnement individualisé.
Pourquoi ? Parce que :
- Ton cancer n’est pas le même que celui de ta voisine
- Ton protocole de chimio est différent
- Tes effets secondaires évoluent au fil des cures
- Ton état nutritionnel de départ joue un rôle
- Tes préférences alimentaires, ta vie quotidienne, tes contraintes logistiques comptent aussi
En consultation, on travaille sur :
- Le dépistage et la prévention de la dénutrition
- L’adaptation de ton alimentation à tes symptômes (texture, répartition, composition)
- L’enrichissement de tes repas si besoin
- La gestion des interactions aliments-médicaments
- Le soutien autour de l’alimentation (parce que oui, manger quand tu as la nausée 24/7, c’est aussi une charge mentale — et si besoin, je peux t’orienter vers un.e psychologue spécialisé.e en oncologie)
L’objectif : te permettre de manger sans que ce soit un enfer, maintenir ton état nutritionnel, et améliorer ta tolérance au traitement.
Ce qu’il faut retenir
L’alimentation pendant et après la chimio, c’est pas un régime miracle. C’est une adaptation continue à tes symptômes.
Les preuves scientifiques montrent que :
- Les conseils nutritionnels personnalisés améliorent la tolérance à la chimio et réduisent certains effets secondaires
- Le régime méditerranéen est la seule approche bien documentée et non restrictive
- Les régimes restrictifs (jeûne, cétogène) ne doivent jamais être tentés sans supervision médicale
- Les compléments doivent TOUJOURS être validés par ton équipe de soin
Et surtout : tu n’as pas à gérer ça seule. Un.e diététicien.ne spécialisé.e en oncologie, c’est une ressource précieuse pour t’accompagner dans cette période.
Si tu es en cours de traitement ou en post-chimio et que ton alimentation est un casse-tête, n’hésite pas à en parler à ton équipe médicale ou à prendre rendez-vous.
Besitos,
Alexandra Baron
Diététicienne-nutritionniste
Accompagnement pathologies chroniques féminines & oncologie
Pérols et Montpellier | Cabinet, visio & domicile
📅 Prendre rendez-vous sur Doctolib
📸 Me contacter sur Instagram
Sources scientifiques
Abene, J. et al. (2025). « Evaluating the role of dietary interventions in reducing chemotherapy toxicities in cancer patients: a systematic review. » Journal of Cancer Survivorship.
Abdollahi, R. et al. (2019). « The Effect of Dietary Intervention Along with Nutritional Education on Reducing the Gastrointestinal Side Effects Caused by Chemotherapy Among Women with Breast Cancer. » Nutrition and Cancer.
Alzoubi, Z. et al. (2025). « Nutrition Interventions in the Treatment of Gastrointestinal Symptoms during Cancer Therapy: A Systematic Review and Meta-analysis. » Advances in Nutrition.
Artale, S. et al. (2022). « A Nutritional Approach for the Management of Chemotherapy-Induced Diarrhea in Patients with Colorectal Cancer. » Nutrients.
Dan, X. et al. (2024). « Summary of Evidence on Nutritional Management for Patients Undergoing Chemotherapy. » Cancer Medicine.
Gala, D. et al. (2022). « Dietary strategies for chemotherapy-induced nausea and vomiting: A systematic review. » Clinical Nutrition.
James, S. et al. (2024). « Nutritional Counseling During Chemotherapy Treatment: A Systematic Review of Feasibility, Safety, and Efficacy. » Current Oncology.
Khazaei, Y. et al. (2023). « The effects of synbiotics supplementation on reducing chemotherapy-induced side effects in women with breast cancer: a randomized placebo-controlled double-blind clinical trial. » BMC Complementary Medicine and Therapies.
Li, C. et al. (2024). « Effects of nutritional interventions on cancer patients receiving neoadjuvant chemoradiotherapy: a meta-analysis of randomized controlled trials. » Meta-analysis.
Silva de Souza, A. P. et al. (2021). « Nutritional Intervention Contributes to the Improvement of Symptoms Related to Quality of Life in Breast Cancer Patients Undergoing Neoadjuvant Chemotherapy: A Randomized Clinical Trial. » Nutrients.
Xue, M. et al. (2025). « The feasibility and safety of fasting-mimicking diet in breast cancer patients with chemotherapy in China. » Breast Cancer Research and Treatment.

Certaines huiles essentielles peuvent accompagner une chimiothérapie. A voir avec un professionnel de santé ou pharmacien.
J’aimeJ’aime
Effectivement 😊 Le bon réflexe c’est toujours d’aller vérifier auprès d’un médecin ou un pharmacien.
J’aimeJ’aime