Holà !
Tu as peut-être entendu parler des stades de l’endométriose. Stade 1, 2, 3, 4… comme si c’était un jeu vidéo où tu débloquais des niveaux (spoiler : c’est pas fun du tout). Et tu t’es peut-être demandé : est-ce que mes besoins nutritionnels changent selon mon stade ? Est-ce qu’une personne avec un stade 2 doit manger pareil qu’une personne avec un stade 4 ?
La réponse courte : les bases sont les mêmes, mais l’intensité et la personnalisation peuvent tout changer.
La réponse longue : c’est ce qu’on va voir ensemble dans cet article. Parce que oui, il y a des nuances importantes à comprendre. Et non, la science n’a pas encore tout validé avec des études en béton. Mais on va démêler tout ça, sans te raconter de salades.
Petit rappel : c’est quoi ces histoires de stades ?
Les stades de l’endométriose sont mesurés avec des classifications (rASRM ou Enzian), qui vont de 1 à 4 et qui évaluent l’étendue des lésions, des adhérences et des kystes. En gros :
- Stade 1-2 : endométriose minimale à légère (petites lésions, peu d’adhérences)
- Stade 3-4 : endométriose modérée à sévère (lésions étendues, adhérences importantes, endométriomes)
Maintenant, voici le truc hyper important à garder en tête avant d’aller plus loin :
À RETENIR
Le stade de la maladie ne prédit PAS l’intensité de tes symptômes.
Tu peux avoir un stade 2 et souffrir comme pas permis. Tu peux avoir un stade 4 et avoir des douleurs modérées. Il n’y a pas de lien direct entre la quantité ou la taille des lésions et ce que tu ressens au quotidien. Alors si tu galères avec un stade « léger », tu n’es ni drama queen, ni à côté de la plaque. Ta douleur est réelle, point.
Ça, c’est posé. Maintenant, parlons nutrition.
Ce que dit la science (spoiler : pas grand-chose de spécifique)
Bon, autant te le dire cash : il n’existe pas d’études qui comparent formellement les besoins nutritionnels entre un stade 2 et un stade 4. Nada. Rien. Niente.
La recherche sur l’endométriose et la nutrition, elle parle de l’endométriose en général, tous stades confondus. Et même là, le niveau de preuve reste globalement faible : petits effectifs, biais importants, interventions hétérogènes…
Ce qui est plutôt bien établi, c’est que l’endométriose est une maladie inflammatoire, œstrogéno-dépendante, avec du stress oxydatif augmenté et souvent des troubles digestifs. Et que l’alimentation peut moduler tout ça.
Les nutriments ou profils alimentaires qui reviennent le plus souvent dans les études, ce sont :
- Les acides gras polyinsaturés (oméga-3)
- Les antioxydants (vitamines C, E, caroténoïdes)
- Les vitamines et minéraux (D, calcium, magnésium, sélénium, zinc, fer)
- Un régime globalement riche en végétaux, pauvre en viandes rouges, en matières grasses animales et en ultra-transformés
En fait, c’est une diète anti-inflammatoire classique. Pas révolutionnaire, mais cohérent avec la physiopathologie de la maladie.
Les revues systématiques montrent des effets potentiellement positifs sur la douleur et le bien-être, mais les résultats restent hétérogènes et le niveau de preuve est faible à très faible.
Et alors, pourquoi on parle de différences entre les stades ?
Parce que même si la science ne donne pas de protocoles validés par stade, la réalité clinique, elle, est bien différente.
Une personne avec un stade 4 a souvent :
- Une charge inflammatoire plus élevée
- Des douleurs chroniques plus intenses (même si, rappel, pas systématique)
- Des atteintes digestives plus marquées (adhérences sur l’intestin, par exemple)
- Un risque de carences plus important (anémie due aux saignements abondants, malabsorption si troubles digestifs sévères)
- Des traitements plus lourds (chirurgie, hormonothérapie longue durée)
- Une fatigue souvent plus intense
Tout ça, ça justifie en pratique une approche nutritionnelle plus intensive et plus ciblée qu’avec un stade 2 où les symptômes peuvent être plus légers (mais pas toujours, on l’a dit).
Les bases communes : le socle pour tous les stades
Que tu aies un stade 2 ou un stade 4, les fondations restent les mêmes. On ne va pas te dire de manger des pâtes au beurre si tu as un stade 2 et du quinoa au kale si tu as un stade 4. Ça marche pas comme ça.
Une alimentation anti-inflammatoire
L’objectif, c’est de calmer le feu. Imagine ton corps comme un feu de camp : si tu continues à jeter des brindilles dessus (aliments pro-inflammatoires), ben… ça flambe. Si tu laisses le bois se consumer tranquillement et que tu apportes des bûches de qualité (aliments anti-inflammatoires), ça s’apaise.
Concrètement, ça veut dire :
- Augmenter les oméga-3 : poissons gras (saumon, maquereau, sardines), huile de colza, noix, graines de lin ou de chia
- Miser sur les antioxydants : fruits et légumes colorés, herbes et épices (curcuma, gingembre), thé vert
- Privilégier les fibres : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes (elles aident aussi à réguler les œstrogènes et à nourrir ton microbiote)
- Limiter (sans bannir) les viandes rouges et les matières grasses animales
- Réduire les ultra-transformés : ils sont souvent bourrés d’additifs, de sel, de sucres rapides et d’acides gras trans
Une gestion glycémique qui tient la route
L’endométriose, c’est aussi un terrain inflammatoire chronique. Et les pics de glycémie répétés, ça alimente l’inflammation. Donc on vise une charge glycémique modérée, c’est-à-dire qu’on fait attention à la fois au type de glucides ET aux quantités qu’on mange.
Ça ne veut pas dire se priver de tout ce qui est bon. Ça veut dire manger ton cookie avec une poignée d’amandes plutôt que tout seul à 16h après avoir zappé le déjeuner. Ou préférer du pain complet plutôt que du pain blanc si ton système digestif le tolère. Ou encore manger une portion raisonnable de pâtes avec des légumes et une source de protéines, plutôt qu’un saladier de pâtes au beurre.
Des apports suffisants en micronutriments
Fer, vitamine D, magnésium, zinc, calcium… autant de petits soldats qui soutiennent ton système immunitaire, ta gestion de la douleur, ton énergie. Si tu as des règles abondantes (classique avec l’endo), le fer devient encore plus critique.
En consultation, on travaille sur tout ça : évaluer tes apports, repérer les carences potentielles, et ajuster ton alimentation (ou orienter vers une complémentation sous supervision d’un.e professionnel.le de santé si besoin).
Le microbiote, cet allié méconnu
Ton intestin et ton système immunitaire, c’est un peu comme deux colocs : quand ça s’entend bien, tout roule. Quand c’est le bazars, ça impacte tout le reste.
Les produits laitiers fermentés (yaourt, kéfir), les fibres, les aliments riches en prébiotiques (oignon, ail, poireau, banane)… tout ça nourrit ton microbiote et peut aider à réguler l’inflammation.
Quand l’intensité change tout : les différences selon le stade
Maintenant qu’on a posé les bases, parlons des nuances. Parce que oui, même si le socle est commun, l’intensité et la personnalisation font toute la différence.
Stade 2 : souvent plus préventif et éducatif
Avec un stade 2, l’accompagnement nutritionnel va souvent miser sur la prévention et l’éducation. L’idée, c’est de :
- Mettre en place une alimentation anti-inflammatoire durable (pas un régime restrictif de trois semaines)
- T’apprendre à écouter ton corps et repérer ce qui te fait du bien ou pas
- Ajuster ta glycémie et tes apports en fibres sans te prendre la tête
- Soutenir ton énergie et ton bien-être général
On reste dans une logique douce, avec des ajustements progressifs. Pas besoin de tout chambouler du jour au lendemain. On pose les bases, on éduque, on accompagne.
Stade 4 : une approche plus intensive et ciblée
Avec un stade 4 (ou même un stade 3 bien installé), les enjeux sont souvent plus costauds. Et l’accompagnement nutritionnel devient plus technique et précis (comprends : plus pointu, plus soutenu, plus personnalisé).
Correction des carences
Les règles hémorragiques, les troubles digestifs, la malabsorption due aux adhérences ou aux inflammations chroniques… tout ça peut entraîner des carences en fer, vitamine D, magnésium, vitamines du groupe B, etc.
En consultation, on fait un état des lieux complet (bilan sanguin à l’appui si possible) et on travaille sur une densité nutritionnelle accrue. Parfois, une complémentation est nécessaire, mais ça se discute toujours avec un.e professionnel.le de santé (médecin, diététicien.ne, pharmacien.ne).
Soutien digestif renforcé
Si tu as des adhérences sur l’intestin, un côlon irritable associé, des ballonnements chroniques… bref, si ton système digestif rame, on ajuste l’alimentation pour le soulager.
Ça peut vouloir dire :
- Adapter les fibres (parfois réduire temporairement les fibres insolubles si tu ne les tolères pas, et miser sur les fibres solubles)
- Gérer les FODMAPs si tu as des symptômes de type intestin irritable (mais attention, jamais en solo : ça nécessite un accompagnement par un.e diététicien.ne formé.e, sinon tu risques de créer plus de problèmes que de solutions)
- Fractionner les repas pour faciliter la digestion
- Identifier les aliments qui te déclenchent des symptômes (pas par élimination sauvage, hein, mais par observation guidée)
Soutien énergétique et anti-fatigue
La fatigue chronique avec un stade avancé, c’est souvent la double peine. Entre les douleurs, les traitements, les nuits pourries et l’inflammation de fond, tu te sens vidée.
L’alimentation peut aider à stabiliser ton énergie : repas réguliers, apports suffisants en protéines, glucides complexes, fer, vitamines du groupe B, magnésium… On travaille aussi sur l’hydratation, la qualité du sommeil (oui, ça passe aussi par l’assiette), et on évite les régimes restrictifs qui t’affaibliraient encore plus.
Adaptation autour des traitements
Chirurgie, hormonothérapie, traitements de la douleur… tout ça peut avoir un impact sur ton appétit, ta digestion, ton poids, tes carences. En consultation, on adapte ton alimentation en fonction de tes traitements pour limiter les effets secondaires et optimiser ta récupération.
À RETENIR
Quand adapter l’accompagnement nutritionnel ?
- Symptômes intenses (douleurs chroniques sévères, fatigue invalidante)
- Troubles digestifs marqués (ballonnements, diarrhées, constipation, syndrome de l’intestin irritable associé)
- Carences avérées (anémie, déficit en vitamine D, magnésium, etc.)
- Traitements lourds (chirurgie, hormonothérapie longue durée)
- Perte de poids involontaire ou dénutrition
- Projet de grossesse (optimisation nutritionnelle pré-conceptionnelle)
Dans ces cas-là, l’accompagnement devient plus technique, plus ciblé, plus intensif. Mais toujours personnalisé, jamais standardisé.
Ce que ça veut dire pour toi, concrètement
Tu l’as compris : il n’y a pas de protocole nutritionnel « stade 2 » vs « stade 4 » gravé dans le marbre. La science ne nous donne pas ça. Et honnêtement, ce serait un peu réducteur.
Ce qui compte vraiment, c’est :
- Tes symptômes : douleur, fatigue, troubles digestifs, etc.
- Ton état nutritionnel : carences, poids, énergie
- Tes traitements : ce que tu prends, ce que tu vas subir (chirurgie, etc.)
- Ton projet de vie : grossesse, stabilité professionnelle, qualité de vie au quotidien
Un stade 2 avec des douleurs intenses, des règles hémorragiques et une fatigue chronique peut nécessiter un accompagnement aussi poussé qu’un stade 4 avec des symptômes légers. À l’inverse, un stade 4 asymptomatique (oui, ça existe) n’aura peut-être besoin que d’une base anti-inflammatoire de prévention.
L’endométriose, c’est pas une case. C’est un spectre. Et ton accompagnement nutritionnel doit coller à ta réalité, pas à un chiffre.
Les pièges à éviter (parce qu’on en voit passer, des conneries)
Éviter les évictions alimentaires sauvages
Tu as lu quelque part qu’il fallait supprimer le gluten, les produits laitiers, le sucre, la viande, les œufs et l’air ambiant ? Stop. Aucune éviction alimentaire ne doit être faite sans supervision d’un.e professionnel.le de santé (médecin, diététicien.ne, pharmacien.ne).
Pourquoi ? Parce que tu risques de créer des carences, de foutre en l’air ton microbiote, de développer des troubles du comportement alimentaire et… de ne même pas soulager tes symptômes.
Si tu suspectes une intolérance ou une sensibilité alimentaire, on teste de manière encadrée. On observe, on évalue, on ajuste. Mais on ne supprime pas tout au doigt mouillé.
Ne pas tomber dans le tout-complément
Les compléments alimentaires, c’est pas des bonbons. Oméga-3, vitamine D, curcuma, magnésium… oui, ça peut avoir de l’intérêt, mais uniquement sous validation d’un.e professionnel.le de santé.
Pourquoi ? Parce que :
- Tous les compléments ne se valent pas (dosages, qualité, biodisponibilité)
- Certains peuvent interagir avec tes traitements
- Tu peux déjà en avoir suffisamment via ton alimentation
- Un surdosage peut être contre-productif, voire dangereux
Donc avant de claquer 50 balles par mois en gélules, discute-en avec un.e pro de santé qui pourra évaluer tes besoins réels.
Oublier que l’alimentation, c’est pas magique
Je vais être honnête avec toi : l’alimentation ne va pas guérir ton endométriose. Elle ne va pas faire disparaître tes lésions. Elle ne va pas te rendre tes ovaires tout neufs.
Mais elle peut :
- Réduire l’inflammation et potentiellement soulager certaines douleurs
- Améliorer ton énergie et ta qualité de vie
- Soutenir ton système immunitaire et ta récupération
- Limiter les carences et optimiser ton statut nutritionnel
- Aider à gérer les troubles digestifs associés
C’est déjà énorme. Mais c’est pas miraculeux. L’alimentation, c’est un outil parmi d’autres dans la prise en charge globale de l’endométriose (traitements médicaux, chirurgie si besoin, kiné, sophrologie, soutien psy…).
En résumé : mêmes bases, personnalisation différente
Pour conclure, voilà ce qu’il faut retenir :
Les bases nutritionnelles sont les mêmes pour tous les stades : alimentation anti-inflammatoire, riche en antioxydants, oméga-3, fibres, micronutriments. Gestion glycémique. Soutien du microbiote. Pas de privation sans raison médicale claire.
L’intensité et la personnalisation changent selon ta situation clinique : symptômes, carences, traitements, projet de vie. Un stade 4 nécessite souvent une approche plus technique et plus soutenue, mais ce n’est pas une règle absolue. C’est ta réalité à toi qui guide l’accompagnement.
La science ne donne pas de protocoles validés par stade, mais la logique clinique et physiopathologique justifie une adaptation individualisée. Et c’est justement pour ça qu’un accompagnement par un.e diététicien.ne spécialisé.e en pathologies chroniques féminines, ça peut tout changer.
Si tu galères avec ton endométriose, que tu te poses des questions sur ton alimentation, que tu ne sais plus quoi manger ou que tu as l’impression que tout te fait du mal… n’hésite pas à consulter. On est là pour démêler tout ça avec toi, sans jugement, sans injonction, et surtout sans te faire croire qu’on a une baguette magique.
Parce que t’as pas besoin de magie. T’as besoin d’écoute, de rigueur, et d’un accompagnement qui te respecte.
Besitos,
Alexandra Baron | Diététicienne-nutritionniste | Accompagnement pathologies chroniques féminines & oncologie | Pérols et Montpellier | Cabinet, visio & domicile
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📧 Me contacter : Instagram @sachasayshola
Sources scientifiques
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