Holà toi !
On te l’a servie sur tous les tons : « Il faut faire 10 000 pas par jour. » Sur Instagram, dans les magazines, chez le médecin, et même sur l’emballage de ton podomètre. Ce chiffre, on dirait qu’il a été gravé dans le marbre de la santé publique.
Sauf que… c’est un coup marketing.
Oui, tu as bien lu. Mais attends, ne referme pas la page. Parce que derrière le slogan, il y a quand même de la vraie science. Et surtout, il y a des choses concrètes que tu peux faire, à ton rythme, sans te transformer en athlète olympique entre deux réunions et une machine de linge.
Si tu vis avec une pathologie chronique, si tu es fatiguée avant même d’avoir commencé la journée, ou si tu veux juste comprendre pourquoi tout le monde te parle de pas… cet article est pour toi.
10 000 pas : la vraie histoire derrière le chiffre
Rembobine. Années 60, Japon. Une entreprise lance un podomètre appelé « manpo-kei » (万歩計), littéralement « compteur de 10 000 pas ». Le chiffre n’est pas sorti d’une étude clinique. Il est sorti d’un service marketing. C’est un peu comme si on te disait que la portion idéale de pâtes, c’est celle qui tient sur l’emballage. Pratique, mais pas forcément adapté à toi.
Alors, est-ce que c’est du vent total ? Non. Parce que depuis, la recherche a rattrapé le slogan. Et ce qu’elle dit, c’est plutôt encourageant.
Ce que la science dit vraiment (spoiler : c’est moins rigide que tu crois)
Plusieurs grandes méta-analyses récentes, portant sur des dizaines de milliers de personnes à travers le monde, montrent la même chose : le risque de mortalité prématurée diminue progressivement avec le nombre de pas quotidiens. Chez les adultes de moins de 60 ans, le bénéfice se stabilise autour de 8 000 à 10 000 pas par jour. Chez les plus de 60 ans, le plateau apparaît dès 6 000 à 8 000 pas.
Ce que ça veut dire concrètement : chaque pas supplémentaire compte. Et tu n’as pas besoin d’atteindre un chiffre magique pour que ton corps en profite. L’idée, c’est de bouger un peu plus qu’hier. Point.
Les données les plus récentes confirment même qu’environ 7 000 pas par jour sont déjà associés à des améliorations significatives. C’est une cible réaliste pour celles qui partent de loin.
Et si tu te demandes pourquoi on insiste autant sur la marche : les recommandations de l’OMS rappellent qu’un adulte sur quatre ne pratique pas assez d’activité physique. La sédentarité est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers et de troubles de l’humeur. La marche, c’est l’antidote le plus accessible qui existe. Pas besoin d’abonnement, pas besoin de tenue spéciale, pas besoin de motivation surhumaine. Juste tes pieds et un peu de temps.
10 000 pas, ça représente quoi dans la vraie vie ?
En moyenne, 10 000 pas correspondent à environ 7 à 8 kilomètres, selon ta foulée. Ce qui revient à 1h30 à 2h de marche cumulée sur la journée.
Dit comme ça, ça fait beaucoup. Comme quand tu regardes la liste des courses pour un repas de Noël : ça semble énorme, mais tu ne fais pas tout d’un coup.
Le vrai secret, c’est l’accumulation. 5 minutes ici, 10 minutes là, un détour par les escaliers, un appel passé en marchant. Et à la fin de la journée, sans t’en rendre compte, tu as empilé des pas comme des briques de Lego.
Voilà à quoi pourrait ressembler une journée à 10 000 pas
- Le matin, tu te gares un peu plus loin du bureau ou tu descends un arrêt de tram plus tôt : environ 1 500 à 2 000 pas.
- En fin de matinée, tu te lèves pour aller parler à ta collègue au lieu d’envoyer un mail, tu prends les escaliers : environ 500 pas.
- À midi, tu sors 15 à 20 minutes après le déjeuner pour faire un petit tour. Ton ventre te remerciera aussi, la marche après manger c’est un peu comme relancer la machine à laver : ça aide le péristaltisme à faire son boulot, et ça peut soulager les ballonnements ou les aigreurs. Environ 2 000 à 2 500 pas.
- En fin d’après-midi, tu vas faire deux-trois courses à pied ou tu accompagnes les enfants au parc : environ 1 500 à 2 000 pas.
- Les petits trajets à la maison que tu ne comptes même pas (ménage, escaliers, aller chercher un truc dans une autre pièce 75 fois) : environ 1 500 pas.
- Le soir, une petite balade de 20 minutes, seule, en couple ou au téléphone avec une amie : environ 2 000 à 2 500 pas.
Total : autour de 10 000 pas, sans avoir enfilé une tenue de sport ni bloqué 2 heures dans ton agenda.
À retenir : Tu n’as pas besoin d’une séance dédiée. La marche se glisse partout, en petits morceaux, et chaque morceau compte.
Des idées concrètes pour glisser des pas dans ton quotidien
Au boulot et dans les trajets. Garer ta voiture un peu plus loin (oui, même la place « moins pratique » du parking). Descendre un arrêt de tram ou de bus plus tôt. Prendre les escaliers au lieu de l’ascenseur. Proposer une « réunion marche » à ta collègue au lieu de rester assises en salle de réunion. Te lever 5 minutes toutes les heures pour faire un petit tour, même dans le couloir.
À la maison et en courses. Aller chercher ton pain à pied. Faire tes courses au marché du quartier plutôt qu’en drive. Sortir 10 minutes après manger pour aider ta digestion à faire son travail tranquillement. Danser dans ta cuisine en préparant le dîner. Oui, ça compte aussi.
Pour le plaisir et le lien. Appeler une amie en marchant, c’est le combo parfait : du mouvement et de la connexion. Écouter un podcast ou un livre audio en te baladant. Explorer un coin nature le week-end. Jouer dehors avec tes enfants ou promener le chien un peu plus loin que d’habitude.
L’idée, ce n’est pas de cocher une liste, c’est de trouver ce qui colle à TA vie. Parce que le meilleur exercice, c’est celui que tu fais vraiment.
Et quand tu vis avec une pathologie chronique ?
C’est là que ça se complique, et c’est là que ça m’intéresse particulièrement.
Quand tu vis avec une endométriose, un SOPK, une fibromyalgie ou que tu es en parcours oncologique, « bouger plus » ne veut pas dire la même chose que pour tout le monde. La fatigue n’est pas celle d’une nuit un peu courte. C’est une fatigue qui s’infiltre dans chaque cellule, qui te donne l’impression que ton corps pèse trois tonnes avant même de poser un pied par terre.
Endométriose : la recherche récente montre que l’activité physique, y compris la marche douce, a des effets bénéfiques sur la qualité de vie, l’intensité de la douleur et la santé mentale. La marche régulière aide aussi à moduler l’inflammation systémique et les niveaux d’estrogènes. Obviamente, les jours de crise, on lève le pied. Ce n’est pas de la paresse, c’est du respect pour ton corps.
SOPK : l’activité physique régulière, même modérée comme la marche rapide, est associée à une amélioration de la sensibilité à l’insuline. Et avant que tu paniques sur les glucides : les glucides ne sont pas le mal. Ton corps en a besoin pour fonctionner. Ce qui change la donne, c’est de bouger régulièrement pour aider ton corps à mieux utiliser l’insuline qu’il produit. C’est ça le vrai levier, pas de retirer le pain de ta vie.
Fibromyalgie : la recherche confirme que la marche fait partie des activités qui réduisent significativement la douleur. Mais ici, on parle de commencer vraiment petit. Pas 25 minutes d’emblée. Plutôt : aller au bout de ta rue, 2 à 3 fois par semaine. Puis la semaine d’après, jusqu’au parc d’à côté. Puis le tour du pâté de maisons. Et ainsi de suite. C’est comme apprendre à nager : tu ne plonges pas dans le grand bain le premier jour, tu commences par tremper les pieds. En consultation, on travaille sur une progression adaptée à ton état du moment, pas à un protocole standard.
Oncologie : si tu es en traitement ou en rémission, la marche adaptée est souvent recommandée par les équipes médicales. En consultation, on travaille ensemble sur un niveau d’activité adapté à ta situation, ton traitement, ta fatigue. Rien de standardisé. Tout est personnalisé.
À retenir : Vivre avec une pathologie chronique ne veut pas dire que tu ne peux pas bouger. Ça veut dire que tu bouges autrement, à ton rythme, avec un accompagnement adapté. Et même aller au bout de la rue les jours difficiles, c’est déjà une victoire.
Comment s’y mettre sans se mettre la pression
Tu n’as pas besoin de viser les 10 000 dès lundi prochain. Ce qui compte, c’est la progression, pas la perfection.
Évalue ton point de départ. Regarde combien de pas tu fais naturellement sur une semaine. La plupart des smartphones comptent automatiquement. Tu es à 3 000 ? Parfait. C’est ta ligne de base, pas un échec.
Augmente par paliers. Ajoute 500 pas par jour chaque semaine. C’est l’équivalent de 5 minutes de marche en plus. En deux mois, tu peux atteindre 7 000 à 8 000 pas sans avoir bouleversé ton quotidien. C’est comme monter le thermostat d’un degré à la fois : tu ne sens presque pas la différence, mais au bout d’un moment, il fait bien chaud.
Planifie comme un rendez-vous. Mets ta marche dans ton agenda. Le matin avant la douche, à midi après le déjeuner, le soir après le dîner. Quand c’est dans l’agenda, ça devient un rituel. Et les rituels, ça tient mieux que la motivation.
Marche avec quelqu’un. En couple, avec une amie, ton ado, ton chien. C’est plus fun à deux et ça crée de la régularité. Et si tu n’as personne sous la main, un bon podcast fait très bien le job.
« Oui mais moi je n’ai pas le temps »
Je t’entends. Vraiment. Les journées sont denses, les to-do lists débordent, et « prendre du temps pour soi » sonne parfois comme un luxe réservé aux gens qui n’ont pas de charge mentale.
Sauf que marcher, ce n’est pas forcément « prendre du temps en plus ». C’est souvent transformer du temps que tu passes déjà. Le trajet en voiture qui devient un trajet à pied. L’appel téléphonique que tu passes debout au lieu d’assise. La pause café que tu prends en faisant un tour du pâté de maisons plutôt qu’en scrollant ton téléphone.
5 minutes volées par-ci par-là, c’est toujours ça de pris. Et ton corps ne fait pas la différence entre une marche « officielle » de 30 minutes et six petites marches de 5 minutes. Le résultat est comparable.
Ce que la marche nourrit au-delà du corps
Ce que j’aime avec la marche, c’est qu’elle fait du bien à des endroits qu’on ne mesure pas avec un podomètre. Tu respires mieux. Tu décroches du flux d’informations. Tu observes les arbres, les vitrines, les nuages. Tu te recentres sans méditer officiellement. Tu libères des endorphines, ces fameuses molécules du bien-être, sans t’en rendre compte.
Et parfois, les meilleures idées surgissent quand tu es en mouvement. Comme si ton cerveau avait besoin que tes pieds bougent pour que les pensées se débloquent.
Et si tu essayais à ta façon ?
Tu n’as pas besoin d’un objectif parfait. Pas besoin d’une appli sophistiquée, d’un plan sur 12 semaines, ou d’un groupe de marche nordique (sauf si ça te tente, auquel cas fonce).
Juste un petit pas aujourd’hui. Puis un autre demain. Et si certains jours tu fais 2 000 pas et d’autres 8 000, c’est parfaitement normal. La régularité importe plus que la performance.
Bouger un peu plus, chaque jour, à ta façon. Pour le plaisir, pour l’énergie, pour toi.
Si tu veux qu’on travaille ensemble sur un plan adapté à ta situation, à ta pathologie, à ton quotidien, on peut en discuter en consultation. Je reçois au cabinet à Pérols, en visio, et à domicile.
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Alexandra Baron | Diététicienne-nutritionniste | Accompagnement pathologies chroniques féminines & oncologie | Pérols et Montpellier | Cabinet, visio & domicile
Sources scientifiques
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Un avis sur « 10 000 pas par jour : mythe, réalité et comment vraiment bouger (même fatiguée) »