Holà !
Tu sais ce truc qu’on te répète depuis que t’as cinq ans ? « Mange tes légumes. » Et depuis, t’as l’impression que c’est devenu le mantra officiel de toute personne qui porte une blouse blanche. Sauf que personne ne t’a jamais vraiment expliqué pourquoi les choisir de saison change la donne. On te dit « c’est mieux », point. Un peu comme quand on te disait de te brosser les dents trois minutes sans jamais expliquer pourquoi trois et pas deux.
Alors aujourd’hui, on va aller un peu plus loin que le panneau « mangez 5 fruits et légumes par jour » que tu vois au supermarché entre les promos sur les chips et les bonbons. On va parler science, on va parler pratique, et on va parler de ce que ça change vraiment quand tu vis avec une pathologie chronique comme l’endométriose, le SOPK ou la fibromyalgie.
C’est parti.
Ce que « de saison » veut vraiment dire (spoiler : c’est pas juste une mode)
Quand on parle de fruits et légumes de saison, on parle d’aliments qui ont poussé dans leurs conditions naturelles optimales : le bon ensoleillement, la bonne température, le bon rythme. Pas sous une serre chauffée à 25°C en plein mois de janvier avec un éclairage artificiel qui ferait pâlir une boîte de nuit.
Et ça, ça change tout sur ce qui se passe à l’intérieur du fruit ou du légume.
Des chercheurs ont analysé la teneur en vitamine C de brocolis récoltés à différentes saisons. Résultat ? Les brocolis cultivés pendant leur saison optimale contenaient jusqu’à 157 % de vitamine C en plus que ceux cultivés hors saison. On parle pas d’une petite différence de rien du tout. On parle de plus du double. Et c’est pas que la vitamine C : les antioxydants, les pigments protecteurs, les composés soufrés qu’on trouve dans les choux… tout est plus concentré quand la plante a poussé dans de bonnes conditions.
Tu vois l’idée ? C’est un peu comme une recette de gâteau. Si tu respectes les temps de cuisson et les bons ingrédients, le résultat est top. Si tu mets le four à fond pour aller plus vite, tu te retrouves avec un truc cramé dehors et cru dedans. Pour les légumes, c’est pareil.
Pourquoi c’est encore plus important quand tu vis avec une maladie chronique
Là, on entre dans le vif du sujet. Si tu me lis, il y a des chances que tu vives avec une endométriose, un SOPK, une fibromyalgie, ou que tu sois en parcours onco. Et dans tous ces cas, l’inflammation chronique est un acteur central du bazar.
Le lien entre ton assiette et l’inflammation
Les études sur les régimes anti-inflammatoires (type méditerranéen) montrent de façon assez solide que les aliments riches en antioxydants, en fibres et en composés protecteurs participent à moduler les processus inflammatoires dans le corps. Concrètement, ces molécules aident à freiner la production de substances qui entretiennent l’inflammation, celles-là mêmes qu’on retrouve en excès dans la plupart des maladies chroniques.
Et devine où on trouve ces fameux composés protecteurs en quantité ? Dans les fruits et légumes. Frais. De saison. Cueillis au bon moment.
Les pigments violets et rouges des fruits rouges et des baies, les composés protecteurs des légumes verts, les pigments orangés des carottes et courges… tout ce petit monde travaille en équipe pour limiter l’usure cellulaire et calmer le jeu inflammatoire. C’est pas magique, c’est de la biochimie toute simple. Et plus tes fruits et légumes sont riches en ces composés (donc récoltés au bon moment, dans de bonnes conditions), plus ils ont de quoi t’aider.
Un mot sur la variété saisonnière
Un truc malin que fait la nature (sans le savoir, enfin on suppose) : chaque saison t’apporte des nutriments différents.
L’hiver, les agrumes débarquent avec leur vitamine C pile quand ton système immunitaire en a le plus besoin. Le printemps ramène les légumes verts tendres, pleins de vitamines du groupe B et de fer. L’été, les tomates, les poivrons et les fruits rouges amènent une dose massive de pigments protecteurs et d’antioxydants. L’automne, les courges, les choux et les racines fournissent des fibres et des composés soufrés qui soutiennent les défenses naturelles.
En mangeant de saison, tu fais tourner naturellement ta palette de nutriments. C’est comme un roulement d’équipe où chaque joueur entre au bon moment. Et ça, pour quelqu’un.e qui vit avec une pathologie chronique, c’est un vrai atout : la diversité alimentaire soutient le microbiote intestinal, et on sait aujourd’hui que le microbiote joue un rôle central dans la régulation de l’inflammation.
À retenir : Manger de saison, ce n’est pas une lubie bobo. C’est un moyen concret d’avoir des fruits et légumes plus riches en composés protecteurs, de varier naturellement tes apports, et de soutenir les mécanismes anti-inflammatoires de ton corps. Ça ne remplace pas un suivi médical, mais ça fait partie des leviers sur lesquels on peut agir en consultation.
Et les surgelés dans tout ça ?
Bon, soyons honnêtes deux minutes. T’es pas toujours en forme pour aller au marché le samedi matin, surtout quand t’as une crise de fatigue ou que ta douleur est à 8/10. Et même quand tu y vas, tu vas pas cuisiner sept jours de suite des légumes frais impeccables. La vraie vie, c’est aussi les soirs où t’ouvres le congélateur en mode « pitié, donne-moi quelque chose de simple ».
Bonne nouvelle : les surgelés sont tes alliés, pas tes ennemis.
Plusieurs études ont comparé la teneur en vitamines entre des fruits et légumes frais, des fruits et légumes frais stockés cinq jours au frigo (comme on fait tou.te.s à la maison, avoue), et des surgelés. Résultat ? Dans la majorité des cas, pas de différence significative. Et dans certains cas, les surgelés s’en sortaient mieux que le frais stocké quelques jours.
Pourquoi ? Parce que les légumes surgelés sont généralement récoltés à maturité optimale puis congelés très rapidement (la fameuse surgélation flash). Ce processus « fige » les nutriments à leur pic. Alors que ta botte de brocolis achetée lundi et cuisinée jeudi a eu le temps de perdre une partie de ses vitamines, tranquillement, dans le bac à légumes de ton frigo.
Alors oui, le blanchiment avant congélation peut faire perdre un peu de vitamine C (c’est une vitamine sensible à la chaleur, elle fait sa diva). Mais globalement, les surgelés nature (sans sauce, sans sel ajouté) restent une excellente option.
À retenir : Les surgelés nature ne sont pas du « sous-légume ». C’est une option nutritionnellement solide, économique et pratique. Si tu choisis des surgelés de saison (oui, ça existe : les marques congèlent souvent au moment de la récolte), tu cumules les avantages.
Ce que tu ne gagnes PAS en achetant hors saison
Maintenant, l’autre face de la pièce. Quand tu achètes une tomate en janvier, voilà ce qui se passe en coulisses.
Elle a probablement été cultivée sous serre chauffée, récoltée avant maturité pour supporter le transport, puis stockée en chambre froide. Le temps qu’elle arrive dans ton assiette, elle a perdu une bonne partie de ses antioxydants, de sa vitamine C et de ses pigments protecteurs. Et au passage, elle a le goût d’un vague souvenir de tomate. Tu sais, ce goût d’eau avec une texture farineuse qui te fait te demander pourquoi tu as payé 4 euros le kilo pour ça.
En plus de la perte nutritionnelle, il y a la question des traitements. Les cultures hors saison sous serre nécessitent souvent plus de pesticides et de produits phytosanitaires, parce que la plante n’est pas dans son environnement naturel et se défend moins bien toute seule. C’est pas pour te faire flipper, c’est juste pour que tu puisses faire un choix éclairé.
Et puis il y a l’argument du porte-monnaie. Un produit hors saison coûte plus cher, parce que tu payes le chauffage de la serre, le transport longue distance, le stockage en chambre froide. Bref, tu payes plus pour avoir moins. C’est un peu comme acheter un billet de concert au marché noir : le prix est doublé et t’as quand même une place derrière un pilier.
OK, mais en mars on mange quoi exactement ?
Parce que c’est bien joli la théorie, mais quand t’es devant l’étal du marché ou dans le rayon légumes, faut savoir quoi chercher.
Côté légumes (mars)
Poireaux, choux (tous les choux : chou-fleur, chou vert, chou rouge, chou de Bruxelles), carottes, navets, panais, betteraves, épinards, mâche, endives, céleri-rave, topinambour, radis noir, salsifis. Et les premiers signes du printemps commencent à pointer : les asperges arrivent doucement selon les régions.
Côté fruits (mars)
Pommes, poires, kiwis, oranges, clémentines (fin de saison), citrons, pamplemousses.
Oui, je sais, c’est pas la fiesta tropicale. Mars, c’est le mois de transition entre l’hiver et le printemps, et les étals ne sont pas encore couverts de fraises et de pêches. Mais il y a de quoi faire, crois-moi.
Un gratin de poireaux et carottes avec une béchamel légère. Une soupe de panais et noisettes grillées. Un chou-fleur rôti au four avec du cumin et un filet d’huile d’olive. Des endives braisées avec des noix. Un crumble de pommes aux épices (cannelle, gingembre, cardamome). Un smoothie kiwi-orange-banane le matin.
Tu vois, quand tu connais ta liste, les idées viennent assez vite.
Manger de saison sans se mettre la pression : le mode d’emploi
Parce que si manger de saison devient une source de stress ou de culpabilité supplémentaire, on a raté le coche. L’objectif, c’est de tendre vers le mieux, pas de viser la perfection.
Commence par les recommandations de base
En France, les repères du PNNS, c’est 2 portions de fruits et 3 portions de légumes par jour. C’est déjà un super point de départ. Si t’arrives à ça avec des produits de saison, tu coches quasiment toutes les cases.
Trouve ta source d’info
Pas besoin de mémoriser le calendrier des 12 mois. Il existe plein de ressources gratuites en ligne : calendriers de saisonnalité, applis, sites de producteurs locaux. Tu peux aussi tout simplement imprimer un calendrier et le coller sur ton frigo. Simple, visuel, efficace.
La technique de la liste au frigo
C’est un truc tout bête qu’on fait à la maison. Tu prends la liste des fruits et légumes de saison du mois, tu la poses sur la table, et tu brainstormes une trentaine d’idées de plats que tu aimes bien en fonction de ce qui est disponible. Tu notes tout sur un papier qui va direct sur le frigo. Et les soirs de panne d’inspi (parce que oui, ça arrive à tout le monde), tu vas piocher dedans.
Pas besoin de planifier un menu complet sur la semaine si c’est pas ton truc. C’est juste un filet de sécurité pour les jours où ton cerveau a décidé de faire grève.
Surgelés + frais : le combo gagnant
Si t’as la flemme ou la fatigue de cuisiner (et c’est LÉGITIME, surtout quand tu gères une pathologie chronique au quotidien), le mix surgelés de saison + quelques produits frais pour le plaisir, c’est une stratégie en or. Des haricots verts surgelés avec un filet de citron et de l’ail, c’est prêt en dix minutes et c’est très bien.
Accepte les exceptions
Tu craques sur des tomates cerises en février parce que t’en as envie ? C’est OK. L’idée, c’est pas de devenir la police de la saisonnalité. C’est de faire tendre la majorité de tes achats vers du saisonnier, pas de t’interdire quoi que ce soit. On est dans l’accompagnement, pas dans l’injonction.
Le défi de la semaine : 7 jours 100 % de saison
Si t’as envie d’aller un cran plus loin, je te propose un petit défi sympa : pendant 7 jours, essaie de ne consommer que des fruits et légumes de saison.
Attention, on parle bien que des fruits et légumes, hein. Tu continues à manger tes féculents, tes protéines, tes matières grasses, ton chocolat du soir (oui, c’est important aussi). On touche juste au rayon fruits et légumes.
Comment faire ?
- Récupère la liste des fruits et légumes de mars (un calendrier de saisonnalité imprimé ou en ligne fait très bien l’affaire)
- Fais tes courses en fonction
- Brainstorme tes idées de recettes avec ce qui est dispo
- Cuisine, goûte, découvre, redécouvre
- Note ce que t’as aimé (et ce que t’as pas aimé, c’est OK aussi)
Et si tu te sens motivé.e, prolonge le défi sur 30 jours pour en faire une habitude. Pas une obligation : une habitude.
Si tu réalises ce défi, viens partager ton expérience avec moi sur Instagram ou en commentaires. J’adorerais voir ce que tu as cuisiné.
À retenir : Manger de saison, c’est pas tout ou rien. C’est un curseur que tu déplaces à ton rythme, en fonction de ta forme, de ton budget et de tes envies. Chaque fruit ou légume de saison que tu mets dans ton panier, c’est un petit geste pour ta santé. Et la somme de ces petits gestes, sur le long terme, ça fait une vraie différence.
Besitos,
Alexandra Baron | Diététicienne-nutritionniste | Accompagnement pathologies chroniques féminines & oncologie | Pérols et Montpellier | Cabinet, visio & domicile
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Sources scientifiques
- Bouzari et al. (2015). « Vitamin retention in eight fruits and vegetables: a comparison of refrigerated and frozen storage. » Journal of Agricultural and Food Chemistry, 63(3), 957-962.
- Li et al. (2017). « Selected nutrient analyses of fresh, fresh-stored, and frozen fruits and vegetables. » Journal of Food Composition and Analysis, 59, 8-17.
- Wallace et al. (2020). « Fruits, vegetables, and health: A comprehensive narrative, umbrella review of the science and recommendations for enhanced public policy to improve intake. » Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 60(13), 2174-2211. (Revue narrative parapluie)
- Reyneke et al. (2025). « Dietary Patterns Associated With Anti-inflammatory Effects: An Umbrella Review of Systematic Reviews and Meta-analyses. » Nutrition Reviews. (Revue parapluie de méta-analyses)
- Chen et al. (2024). « Profiling the Bioactive Compounds in Broccoli Heads with Varying Organ Sizes and Growing Seasons. » Nutrients, 16(10), 1455.
- Almushayti et al. (2018). « Seasonal variability of the vitamin C content of fresh fruits and vegetables in a local retail market. » Journal of the Science of Food and Agriculture, 98(12), 4523-4531.
- StatPearls (2023). « Anti-Inflammatory Diets. » National Library of Medicine / NCBI Bookshelf. (Revue de synthèse)
